Jay Z - Kingdome Come (Roc-A-Fella/Def Jam - 2006)
Break Power: 8/10
La deuxième retraite de Jay Z était bien sûr une vaste blague mais l'autoproclamé King Of New York ne pouvait pas rater son retour. A ce tire, le DVD qui accompagne Kingdom Come est le plus intéressant. Je ne parle pas du clip de Show Me What You Got, accumulation de clichés (Monaco, voitures de sports, Cristal, villas somptueuses, yatchs, etc.) mais du concert filmé au Royal Albert Hall de New York, qui permet de réellement mesurer le chemin parcouru par Jay Z et ce qui le sépare de la plèbe du hip hop. D'abord l'ambition: Jay Z est accompagné sur scène par un orchestre symphonique féminin, qui souligne la puissance de son répertoire. Ensuite un professionalisme sans faille: le show est réglé, millimétré, parfait, loin de l'escroquerie que constitue certains concerts hip hop. Enfin, le public, multicolore avec une teinte dominante de blanc, preuve que Jay Z fait désormais partie du paysage culturel de l'américain moyen, capable de reprendre en choeur ses morceaux. A celà s'ajoute la présidence de Def Jam, une copine encore plus célèbre que lui (Beyoncé), etc., etc., etc. A même pas trente cinq ans, ce type a tout. "J'y suis arrivé" rappe-t-il d'aileurs dans Made It, hommage à sa mère destiné à lui montrer tout ce que son fiston a pu accomplir.
Kingdom Come est l'album témoignant de la tranquille assurance d'un rappeur au sommet, sûr de son faît et de son talent, ce qui lui permet d'aborder des thèmes un peu plus politiques (Minority Report, consacré à la catastrophe de Katrina) ou de faire preuve de lucidité sur son statut :"The music biz is like musical chairs, it's about where you standing when the music stops spining" peut-on entendre sur Hollywood. Le casting des producteurs qui l'accompagne est d'ailleurs digne des meilleures séries A. Jay Z s'est payé entre autres rien de moins que Dr Dre, Just Blaze, Swizz Beatz, The Neptunes ou encore Kanye West pour lui fournir la matière première sonore. De cette dream team, c'est Dre qui tire le mieux son épingle du jeu. Ses titres sont les meilleurs du bon docteur depuis longtemps et il s'est aussi occupé du mixage de l'album. On lui doit ce son énorme, parfait, presque pop, net et sans bavure. Swizz Beatz, par contre, soûle comme à son habitude sur Dig A Hole et les Neptunes aurait pu davantage se fouler sur Anything, pas franchement digne de leur talent et gâché par la voix insupportable d'Usher.
Ces faux pas coûtent à Kingdom Come le statut de chef d'oeuvre mais, à l'heure des comptes, ne l'empêchent pas d'être juste un des meilleurs albums de rap de cette riche année.