Nas - Hip Hop Is Dead (Def Jam - 2006)
Break Power: 8/10
Le hip hop est mort rappe Nas. Mais de quel hip hop parle-t-il ? Le hip hop c’est comme les gangs : ils ne meurent jamais mais se multiplient sous d’autres formes. Il faut consulter la pochette intérieure du disque pour comprendre de quoi notre homme parle : sur un autel, entre bougies et statues de saints, trône une platine vinyl. Nas pleure donc la mort du hip hop à l’ancienne, 2 turntables and a microphone !!! Il est vrai que Nas est quasiment un ancien combattant. Son premier album, Illmatic, sorti en 1994, fut consacré comme un chef d’œuvre absolu et Nas propulsé instantanément au firmament des MCs intouchables, en compagnie des géants Rakim ou Slick Rick. Son second album, It Was Written, fut celui de la consécration mais aussi annonciateur d’une étrange dérive. Doté de textes toujours aussi bluffant, It Was Written était aussi beaucoup plus commercial dans sa structure, reposant à 70% sur la production des faiseurs de tube de l’époque, les Trackmasters. Puis Nas s’embourba dans The Firm, s’obstinant à jouer le personnage de Nas Escobar, un gangster d’opérette trop loin de ses racines. Le comble du grotesque fut atteint sur son troisième album, I Am…, avec Hate Me Now, monument pompier de grotesque interprété avec le roi du bling bling, Puff Daddy. Le monde du hip hop suivit Nas à la lettre et il s’est trouvé peu de monde pour défendre le disque suivant, Nastradamus et, pire, la compilation du label que tentait de monter le héro du Queen, Ill Will Records, intitulée Queensbridge, passa même complètement inaperçue. Alors que tout le monde ou presque l’avait enterré, Nas revint au premier plan en 2001 avec Stillmatic et y est resté depuis, que ce soit avec The Lost Tapes, God’s Son, ou Street’s Disciple. Hip Hop Is Dead ne démérite pas et lui permet de maintenir sa place au premier plan. Il faut dire que l’homme s’est rangé et a trouvé une certaine sérénité : après un mariage avec Kelis, il a aussi enterré la hache de guerre avec son ennemi intime Jay Z, devenu par la même occasion son patron sur Def Jam. La force de frappe de Def Jam a d’ailleurs permis à Nas de bénéficier des plus grands producteurs : Dr Dre bien sûr, mais aussi les incontournables Kanye West, Will.I.Am et Scott Storch. DJ Premier, malgré les rumeurs est par contre absent mais l’on retrouve les fidèles Salaam Remi et L.E.S. La tonalité globale de l’album, malgré ce casting hétéroclite, correspond même bien à l’univers de Nas. Les tonalités sont sombres, assez mélancoliques. Nas assume une bonne fois pour toute sa schizophrénie, laissant Nas Escobar rapper sur Play On Playa en compagnie de Snoop Dogg ou Hustlers en compagnie de The Game mais laissant le grand Nas briller sur Black Republican avec Jay Z ou le bien nommé Hip Hop Is Dead. Le hip hop est peut-être mort mais Nas, lui, bande encore.
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