Marc Moulin - Placebo Years 1971-1974 (Blue Note - 2006)
Break Power: 10/10
Avant d'être le nom d'un groupe chichiteux pour ados boutoneux, Placebo fût d'abord une création du jazzman belge Marc Moulin. Armé des premiers synthétiseurs dont un Moog, celui-ci decida de se consacrer avec quelques collègues à la recherche de la fusion idéale, comme il l'admet dans les excellentes notes de pochettes. "Contrairement à beaucoup d'autres qui étaient dans la recherche fondamentale et n'admettaient d'expérimentation que sérieuse, nous préférions allier recherche et plaisir. Nous voulions injecter des éléments de groove dans le jazz". Dit comme ça, ça peut faire un peu peur. Le jazz rock ou le jazz funk à tendance progressive ont quand même généré un certain nombre de bouses dans l'ensemble assez inaudibles. Reste que loin de la simple branlette affligeante pour musicien virtuose, Marc Moulin est allé chercher l'essentiel de son inspiration du côté des rues de Detroit et de Memphis, plus particulièrement dans les albums de produisaient la Motown et Stax. Les morceaux de jazz s'hornent ainsi de cuivres sérieusement funky, la basse gronde comme dans les B.O. des films de Blaxploitation, l'intelligence se dote de pieds pour danser et d'un sexe pour baiser. Au fond d'un studio de Bruxelles, grâce à une faille spatio-temporelle vers les ghettos américains, les Belges de Placebo, en 3 albums sortis entre 1971 et 1974, ont su trouver un secret que que seuls quelques magiciens prénommés Isaac Hayes ou Norman Whitfield (le morceaux N.W. qui reprend ses initiales lui est d'ailleurs dédié) gardaient précieusement. Et si vous ne deviez acheter cet album que pour un morceau alors ce serait pour le fabuleux Humpty Dumpty, pur moment de plaisir extatique qui prouvera que le Belge procure les même effets à écouter qu'à fumer.