Willie Colon - Crime Pays (Fania - 1973) - Réédition
Break Power : 8/10Les rééditions actuelles du label Fania sont une excellente initiative, tant il était difficile pour le néophyte que je suis de se familiariser avec ce genre qu’est la salsa en dehors de compilations pourries qui fleurissaient ses derniers temps dans les bacs pour surfer sur la mode latino.
Je déclare donc solennellement Crime Pays comme l’une des pochettes de disque les plus cools de tous les temps. Cette pochette est aussi la preuve que la salsa, avant de servir de fond sonore à des restaurants où l’on mange fort mal ou d’être une danse pratiquée par des ennuyeux et des pénibles, est d’abord et avant tout une musique de ghetto. Née à la fin des années 60 dans les quartiers crasseux qui abritaient la communauté latino de New York, elle cultive l’imagerie traditionnelle de toutes les musiques nées dans les quartiers de misère : machisme, bling bling, poses gangsta, fascination pour le crime organisée, connections sulfureuses, consommation de drogue. Enregistrée dans l’urgence par des musiciens prodigieux, connectée à la rue, la salsa cultivait les histoires de mauvais garçons, les amours qui se finissent mal, les rêves de richesse et de gloire, bande sonore d’une communauté qui en bavait.
Crime Pays, premier best of de Willie Colon sortie par Fania, en est un symbole incandescent, fortement latin alors que d’autres artistes salsa comme Joe Bataan tentaient dans le même temps des connections plus proches avec la soul. Peut être une façon avant l’heure de « keep it real ».
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